La hausse du pétrole va-t-elle continuer ?

28/04/2011
De grandes difficultés pour extraire le brut, le vieillissement des installations existantes entraînent la hausse des coûts de production. Une seule image résume la situation : le cours du baril de brut au début d’avril 2011, illustrant la tendance haussière installée depuis juillet 2010.

1-nymex.jpg

Les prévisions pour l’année 2011 tablent sur des prix supérieurs à 100 $ le baril pour le second semestre 2011 (Goldman Sachs 14/12/2010)

En plus de la situation géopolitique instable au Moyen Orient, de l’augmentation de la demande du Japon (à cause de Fukushima), plusieurs facteurs conjugués expliquent cette nouvelle envolée du brut. 

-Une demande en croissance soutenue 
La demande a retrouvé ses niveaux d’avant la crise de 2008 et pourrait les dépasser en 2011 (88.1 million de barils par jour d’après Wood Mackenzie Ltd.) Cette demande est fortement soutenue par celle des pays émergents comme la Chine et l’Inde.

Production et consommation - Chine & Inde
2-china.jpg

-Des découvertes en baisse 
Les découvertes sont en forte régression depuis plusieurs années et la situation ne s’inverse pas malgré les moyens technologiques gigantesques déployés.



Le déclin des découvertes depuis 1964
3-discovery.jpg

Des coûts de production en hausse 
L’exploitation des ressources est de plus en plus onéreuse et demande des investissements de dizaine de milliards de dollars par exploitation, deux exemples : l’offshore profond et les nouvelles unités de production en Arabie Saoudite
.

1 - Offshore profond 
Les conséquences de l’explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en avril 2010 impliquent la mise en place de mesures de sécurité qui touchent l’industrie dans son ensemble.
 La commission US chargée d’enquêter sur les causes de la catastrophe a préconisé le 11 janvier 2011 la création d’une agence indépendante chargée de la sécurité de l’exploitation offshore. 
 
Le rapport des experts ne mâche pas ses mots : "les causes immédiates de l’explosion peuvent être trouvées dans une série d’erreurs identifiables de la part de BP, Halliburton et Transocean, qui révèlent de tels manquements dans la gestion des risques qu’il y a de quoi douter de la culture de sécurité de l’industrie toute entière". 
Dossier de 380 pages en téléchargement ici : The Gulf Oil Disaster and the Future of Offshore Drilling - Report to the President - National Commission on the BP Deepwater Horizon 

2 - Les nouvelles unités de production en Arabie Saoudite 
Avant, quand il était léger et abondant pour produire du pétrole il fallait des derricks ou des pompes comme sur ces images : 

5-puit-petrole-01.jpg6-Saudi-AramcoWells.jpg

Désormais, y compris en Arabie Saoudite, le premier producteur mondial, détenant les réserves les plus importantes, les nouvelles unités de production, comme celles situées sur la champ pétrolier de Khurais doivent injecter des centaines de milliers de mètres cube d’eau sous pression par jour, cette technique étant rendue indispensable par la structure du réservoir.

7-kurais.jpg7-1-kurais.jpg

C’est donc un pipeline qui amène l’eau de mer, à 160 km dans le désert pour extraire le pétrole.
De nos jours voici à quoi ressemble un champ pétrolier : Khurais Arabie Saoudite - mis en production en 2009 - 1,2 million de baril/jour.

8-1-Khurais.jpg8-2-Khurais.jpg

C’est un chantier pharaonique, sur des km2, dont l’échelle est comparable avec le chantier d’extraction dans les sables bitumeux de l’Alberta canadien. Pour produire, ce gisement doit être constamment sous pression et génère des coûts de production élevés, impliquant un prix de vente beaucoup plus élevé par rapport au passé.

Vieillissement des installations et pyramide des âges du personnel 

Un autre facteur, rarement explicité, influe également sur les investissements nécessaires pour continuer à produire du pétrole : le vieillissement des installations existantes et la pyramide des âges du personnel qualifié intervenant actuellement dans l’industrie. 

Celui à qui nous devons cette analyse a été l’un des experts les plus écoutés du secteur. Matthew R. Simmons, décédé le 8 août 2010 Il fut président et directeur exécutif de l’une des banques d’investissement pétrolier les plus importantes du monde, la Simmons & Company International. 

Lors de ses dernières conférences il soulevait un point crucial : le système de production et de transport pétrolier est malade. Il est affecté par le vieillissement des employés et un dépérissement des installations de raffinage et de transport touchées par la rouille. 
Ces deux facteurs conjugués rendent nécessaires, des investissements difficilement imaginables car il est indispensable, d’après Matthew Simmons, de remplacer progressivement 80 % des installations existantes : « Replacing even 80% of global delivery system of oil will be more costly and complex than fighting WWII or Marshall Plan.Total cost might exceed $100 trillion. » 

Conclusion
Si nous prenons en compte toutes ces informations orientant à la hausse le baril de brut dans une projection de prix pour les deux prochaines années, cela nous entraîne vers de nouveaux sommets du prix de l’énergie. 
La tendance est claire et soutenue comme le montre le graphique ci-après.

10-Courbe_prix_du_petrole.jpg

Photos © Saudi-Aramco
Par Technologic Vehicles
comments powered by Disqus
Découvrez
Archives
Sur le même sujet...